Il est 6h, mon réveil sonne, tôt, trop tôt. Je me suis couchée tard hier afin de finir de boucler mon sac à dos et donc pouvoir dormir le plus tard possible ce matin.

Je vais rapidement  à la salle de bains et je finis les derniers préparatifs avant de quitter ma magnifique chambre bleue Klein. A 6h25 j’arrive en bas de la ruelle où miracle il y a un autorickshaw qui attend. Avec déjà 3 personnes dedans et deux valises. Je le supplie de me prendre car j’ai peur de rater mon train qui part à 7h (oui, je sais, j’aurais pu me lever 20mn plus tôt mais dans ce cas, cela n’aurait pas été drôle…).

L’autorickshaw fonce dans les rues désertes aux aurores. Contrairement aux népalais et aux philippins, les indiens ne sont pas du petit matin, la plupart des magasins n’ouvrent pas avant 9h, voire 10h pour certains… A six heures du matin, seuls les chai wahla peuplent les rues.

J’arrive à la gare très en avance et du coup je double le prix de la course : 20 roupies au lieu de 10. Quelle reine :-D !

Bien entendu, le système d’annonce des trains ne fonctionne pas mais j’ai de la chance et un gentil jodhpuri me renseigne sur mon quai.

Sur le quai, la faune habituelle de femmes en saris colores, de leurs époux et de leurs gamins tous assis sur le sol en train de siroter le sirupeux chai du matin. Je marche rapidement vers mon wagon et la face à moi le dos d’un homme très très maigre couché sur le sol, nu, son corps décharné plein d’excréments et de mouches. Est-il vivant ? Je ne sais pas trop quoi faire. Je le dépasse, je me retourne et la des yeux haves et noirs qui me regardent. Je le signale au contrôleur qui ne lui jette même pas un regard… C’est cela aussi l’Inde

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Je grimpe dans le train et j’ai la bonne surprise de partager mon compartiment avec trois vieux messieurs habillés en blanc qui ont décidé que si si si, j’allais partager leur petit déjeuner avec eux et voilà comment à 7h30 du matin, j’ai mangé du riz souffle aux épices masala (ouille ça brule) avec des oignons frais (mmhhh l’haleine de chacal…) et des popadums épicées (re-ouille…). Le petit dej des champions ! Du coup, je leur offre les mangues que j’ai achetées hier au marché.

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Apres deux heures de trajet, arrêt à la gare de Maroir Junction. Ils vont s’acheter des chai et m’en prennent un ainsi qu’une bouteille d’eau minérale. Je pense qu’ils ont décidé que comme je voyageais seule (cela est rarissime pour une femme en Inde), ils allaient s’occuper de moi comme si j’étais leur fille durant tout le trajet. Et c’est plutôt agréable de se laisser nourrir et abreuver…

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Nous nous quittons ravis, je dépose mon sac à la consigne de la gare, vais manger un thali rapidement et saute dans le bus pour Pushkar, une des villes saintes de l’Inde que tout hindou se doit de visiter au moins une fois dans sa vie.

Et ils sont tous là… Il y a un peuple de dingue venu de tous les coins de l’Inde. Le bus est bondes de nanas en saris qui rigolent et me nourrissent de cacahuètes fraichement grillées, les rues ressemblent aux Champs Elysées un soir de 14 juillet, des centaines de personnes se baignent au bord des Ghats qui bordent le lac. Superbe !

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Des dizaines de temples bleus laiteux entourent le lac créé lorsque Buddha a laissé tomber une fleur de lotus il y a bien bien longtemps. Je me balade dans les rues animées, regarde les centaines de vaches et les milliers de pèlerins. C’est beau.

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Je reprends le bus pour rentrer à Ajmer avant la nuit. Le chauffeur est un formidable Tartarin à la grosse moustache noire cirée. Il m’indique de prendre le siège à ses cotes avant de partir à toutes berzingues. Une statue de bouddha trône sur le tableau de bord. Mince ! C’est bien ma veine, un chauffeur qui croit en la réincarnation. Moi je préfère les chauffeurs athées qui savent que leur vie est finie s’ils ont un accident. C’est plus sur… A chaque virage ou dépassement négocié sur les chapeaux de roues, il se tourne vers moi pour quêter mon approbation comme s'il voulait me faire partager chaque évènement du trajet...

Je m’installe dans la salle d’attente bondée réservée aux femmes de la gare d’Ajmer. J’ai 5 longues heures d’attente avant mon train à 1h du matin. Il y a au moins 80 femmes dans une salle de 10m sur trois. Une fille m’explique qu’elles sont toutes ensemble venues en pèlerinage de Delhi. On bavarde, on se fait des sourires en coin, elles prennent des photos de moi et moi d’elles et puis il y en a une qui commence  à chanter et c’est parti pour une bonne heure de chants et de danse indiens. Ces chansons racontent des histoires de femme, de nourriture, de peine, de douleur, de joie et d’appels à Shiva. C’est magnifique et très joyeux. Tout le monde tape des mains et chante. Une fois qu’elles ont fini, elles me regardent et me demandent de chanter.

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C’est surréaliste : moi assise sur le sol de la minuscule salle d’attente, entourée d’une soixantaine de femmes en saris ou kurtas en train de chanter Les Lacs du Conemara (no comment… c’était ça ou le Gorille…) pendant qu’elles m’écoutent religieusement… Encore un moment n’importe quoi mais qui restera certainement l’un des plus mémorables de mon voyage. J’adore le Rajasthan.

Malheureusement, après que nous soyons allé diner ensemble d’un thali au resto de la gare (l’équivalent culinaire indien du sandwich SNCF, c’est bien simple, j’ai l’impression de manger un dal bhat au lieu d’un thali indien…insipide) elles me quittent toutes pour prendre le train de 22h45 pour Delhi. La salle se vide et je reste seule durant les deux heures suivantes. Enfin, trois, mon train est en retard…