Réveil à 6h car aujourd'hui, je dois parcourir la valle Frances jusqu'a son point le plus haut puis redescendre au campamento avant de remballer la tente et de repartir pour le Refugio du Lac Pehoe, en bas de la dernière branche du W. J'aurais pu camper une derniere nuit au campamento italiano et me faire une petite journée à 14km (parcours de la valle A/R soit 7 heures de marche) mais après une bonne nuit de sommeil je suis en forme et je pense pouvoir m'avaler en plus les 8 km (soit 4h) jusqu'au prochain refugio.

Une multitude de petits torrents plus ou moins asséchés coupent le sentier de la branche médiane du W. Celle qui parcours la merveilleuse valle de los Frances.
J'en compte 19 rien qu'entre le campement Italiano et la fin du sentier (mirador del Ingles). J'apprécie au passage l'humour géographique des chiliens : au nord le Britanico, au milieu El Frances et au sud l'Italiano...

 

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Alors que je marche sans relâche, je remercie toutes ces journées d'été passées à la gym entre 15 et 17 ans alors qu'avec mes amies nous profitions à fond de nos forfaits illimités pour faire tous les cours de la journée. Je pense que c'est cela qui m'a construit les muscles profonds (ceux qui comme la culture restent quand on a tout oublié) qui me permettent d'enchaîner les kilomètres sans sourciller.

On entend le Glaciar Frances au pied des Cerros Paine gronder sourdement.
Un peu comme le tonnerre au loin (très loin) un jour d'orage mais qui ne cesserait pas.
De temps à autres, un grondement plus fort se fait entendre, comme un coup de tonnerre et un bloc de glace se détache du glacier pour couler dans le vide en un nuage de glace et de neige.

La vue du Mirador est extraordinaire. On est entouré par les parois de granit verticales de plus de 1000 metres des differents Cerros.

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La descente est beaucoup plus rapide que la montée (certainement parce que je ne m'arrête pas toutes les 5mn pour prendre une photo ou étreindre un arbre...) mais à son image : ruisseau, pierres, torrents, ruisseau, pierre, torrent. Mes pieds brulent à cause du terrain accidenté mais je m'efforce de ne pas y penser et continue à avancer.

Je croise David et Rocio (mes deux nouveaux potes espagnols qui font le même parcours que moi) qui montent (j'etais la premiere à monter ce matin avec une bonne heure d'avance avec les randonneurs suivants, ce qui m'a permi de profiter du paysage tranquille, presque seule au monde).

Arrivee au campamento, je remballe tente et sacs de couchage (je deviens assez pro du truc à present) et commence la descente vers le lac Pehoe. Il est 13h et j'ai déjà fait 14km (en 7h... Rozenn va me tuer !).

Les buissons de calafate avec leurs fruits juteux (dont on fait des gelees et même du sorbet) parsement le chemin. Celui-ci est clairement marque par des batons oranges ou des marques sur les arbres et les rochers. Le panorama grandiose (il faut que je commence à renouveller mes adjectifs qualificatifs...) rend le chemin facile à parcourir.
Je traverse un bosquet complètement brûlé par l'incendie qui a commencé en décembre 2011 et n'a été maîtrisé qu'en mars de cette année. Cet incendie causé par un campeur israélien par jour de grand vent a calciné 18000 hectares de terrain (!!!). C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles je n'ai pas pris de rechaud pour cette randonnée. Le gars est tout de meme resté 3 mois en prison...

 

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J'arrive au refugio du lac Pehoe à 17h30 après avoir un peu trainassé pour prendre des photos. D'ailleurs David et Rocio, partis 30mn après moi, m'ont dépassé Les 8km ont été plutôt faciles à faire. Le point de vue sur le lac est très beau mais le ciel couvert ne permet pas de réellement profiter de la couleur (normalement turquoise de celui-ci).

Le prochain refugio (celui du glacier Grey) est à11 km (soit 3h30 de marche). Soit je dors ici deux nuits et fais une rando sans sac au glacier demain pour quitter le parc apres-demain, soit, je vais au Grey, y dors et reviens pour demain 12h30, l'heure de depart du catamaran qui rentre vers la sortie du parc d'ou repars le bus pour Puerto Natales. Ceci me ferait gagner un jour et me permettrais de prendre le bateau pour Puerto Montt une semaine plus tôt que prévu et donc de passer plus de temps à trekker les parcs nationaux de la région des lacs et notamment le parc Lanin dont Francois m'a tant vanté les mérites.
3h30 de marche me permettant de gagner une semaine sur mon voyage je décide de les faire malgré mes pieds en feu, mes épaules en compote et mon envie de prendre une douche bien chaude et le risque d'arriver à la tombee de la nuit et donc de faire les derniers kilometres dans la quasi obscurite (je vous rappelle qu'on n'est pas aux Buttes-Chaumont... Terrain très accidenté et pas d'éclairage).

Et c'est reparti pour 11km. Je mange une orange (toujours ca de moins à porter...), je réajuste mon sac et je repart.

Après 2 km de bois calcinés (encore...), ca monte dur sur un chemin de pierres et de rochers granitiques. Le panorama du haut de la colline est superbe. On longe une lagune sombre et tres venteuse puis on deboule sur le lac Grey, beau à en couper le souffle. Des blocs de glace détachés du glacier flottent à sa surface. Bref, magnifique. Je prends quelques photos mais j'ai peu de temps et donc repart rapidement pour ma destination. Je marche, j'admire, je marche, je m'extasie, je marche, je me pame...
Le chemin très escarpe et difficile à parcourir avec un vent de face assez violent et quelques parois de pierre et de granit à descendre et escalader en se servant de ses mains comme de ses pieds longe le lac. Le glacier est en face, imperturbable dans son immensité blanche bleutée. Je n'avais jamais rien du de tel auparavant.

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Mais le soleil se couche et le terrain très irrégulier ne me semble pas propice à une marche nocturne, même si j'ai ma lampe frontale. Heureusement, le sentier commence à s'aplanir. Après environ 8km, il s'enfonce dans un sous-bois et redevient terreux. Il est 20h15, le soleil est couché mais j'ai encore 1 heure avant qu'il ne fasse totalement noir. J'accelere, rythme marche rapide. Je met 45mn de plus pour parcourir les 3 derniers kilomètres.
J'arrive au refuge alors que la nuit est totalement tombee. Rodrigo, le jeune responsable du camping m'inscrit. Il me dit que David et Rocio sont arrives 15mn avant moi. C'est super, ce soir il y aura 2 tentes au camping ! Il y a des douches chaudes que l'on peut utiliser jusqu'a 23h.
Après avoir monté ma tente dans le noir (folklo, j'ai perdu 2 crochets dans les hautes herbes du campement), ca commence à faire beaucoup de trucs que je perds dans ce parc...), nous nous y precipitons avec Rocio.

Première douche en 3 jours ! Bonheur! Je ne veux plus en sortit. L'eau est brûlante et réchauffe mon corps glacé par le vent soufflant du glacier. Je douche mes pieds à l'eau froide histoire de faire taire le feu qui y brûle. Ils sont blanchatres avec des zones rosatres, pas super jolis a voir...
Je n'ai pas super faim. Alors que David et Rocio font se faire cuire un plat de riz à 23h dans le noir après l'extinction des feux (extraordinaires les espagnols), je vais me coucher et m'endors immédiatement.

Camping Grey : 4000 pesos par tente, 1500 pesos pour une barre Snickers (!!!???!!!).