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Le lendemain matin, je refais mon sac. En effet, après avoir passé 12 heures assise dans un bus j'ai décidé de partir en trek pour quelques jours.

Johanna à Puerto Piramides m'a parlé du Camino de la Ovieja, le chemin de la brebis, un treck de 2 jours en montagne en contrefort d'Ushuaia.
Je laisse mon gros sac à l'hostel et je prends mon sac de rando avec ma tente, mes deux sacs de couchage (il fait froid), des sous-vêtements et tee-shirts de rechange, de la nourriture pour 3 jours et ma gourde. Je dois avoir 8 kg à peu près sur le dos, ce qui est supportable à porter sur de longues distances.
Je passe au centre d'information pour récupérer des infos sur les trecks faisables. Le proposé me dit que le Camino de la Ovieja est fermé à cause des récentes chutes de neige mais que tous les sentiers du Parc National Tierra del Fuego sont ouverts et qu'il renferme 4 sites de campings autorisés dont 3 gratuits.

Va pour le parc national. Il est à 12km et le bus "touristique" pour s'y rendre coûte 100 pesos A/R : ridicule. Je décide donc de m'y rendre en marchant. Le paysage est superbe et il fait un temps magnifique.

De nombreux chevaux s'ebattent dans les prés.
Arrivée au parc après 3 heures de marche tranquille (ben oui, ce n'est pas le rythme de la marche rapide des Buttes, et je vous rappelle que je me trimballe 9 kg, oui 9 car je suis passée au supermarché acheter des oranges pour ne pas mourir du scorbut...)

Je refais 4 kilomètres de plus dans le parc pour arriver au campement de la Ensenada ou je plante ma tente.
Je vais au bord de la baie admirer le paysage et prendre quelques photos. On voit les monts Navarino et Hoste du Chili voisin. Le canal Beagle est immense et se subdivise en plusieurs "Lagos" et "Bahias" aux noms souvent tirés du yamana, la langue des indigènes locaux les Yagan exterminés par les maladies et les coutumes des colons et evangelisateurs : Lago Acigami (Roca en espagnol dans le texte), Rio Pipo, Rio Lapataia, Bahia Zaratiegui (pres de laquelle je dors le premier soir), etc.

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La poudreuse se détache sur le pic acéré du mont qui domine le parc avec la consistance que seuls les rayons du soleil couchant peuvent donner à la neige : celle délicate du sucre glace sur une corne de gazelle (on a les références culinaires de son enfance...:-D)

 

Je dine léger et vais me coucher tôt afin d'être prête pour les 10km assez escarpés du chemin côtier le lendemain matin. Comme à Puerto Piramides, je suis seule sur le campement.

La nuit est courte car des vents violents secouent ma tente sur ce site ou peu de protections contre celui-ci ont été aménagées. De plus, vers 2 heures du matin, le bruit d'une pluie mais plus étouffée tapotte sur la toile. Dans mon demi sommeil j'ai l'impression qu'il neige. Mais c'est impossible, il faisait un temps superbe hier et nous sommes au printemps.

 

Réveil le lendemain matin sous un manteau blanc (....). Je secoue la toile extérieure de ma tente afin d'en faire tomber la neige pour qu'elle ne soit pas trop humide. Pas envie de trimballer un kilo de flotte emballée dans ma tente...

 

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Je prends la route après un petit déjeuner roboratif et avoir plié mes 2 sacs de couchage (dont l'argentin qui me donne bien du mal).
Je prends le sentier numéro 2 et bien vite m'arrête émerveillée pour une nouvelle séance photographique.
Toutes les nuances de vert se retrouvent sur ce sentier côtier :
Vert ardoise tendre pour la pierre des falaises
Vert amande pour la multitude de troncs des arbres magnifiques recouvert d'une fine mousse semblable à des cheveux d'ange.
Vert clair pour l'herbe, vert un peu plus soutenu pour les fougères.
Vert de gris pour l'eau du canal de Beagle sous les nuages neigeux.
Tout ce vert uniquement découpé par le brun sombre du sol limoneux.
Magnifique!!!

 

 

 

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Les chemins forestiers intérieurs sont boueux, très boueux. Très vite je me retrouve avec des bottes en terre humide. Mais mes chaussures de rando tiennent bon et a aucun moment je n'aurais une goutte d'eau a l'intérieur. Merci Meindl et le vendeur du vieux campeur!

 

 

Une des autres caractéristiques de ce camino costero, il est vraisemblablement parcouru par des chevaux. Ainsi, nul besoin de suivre les marques jaunes, le crottin de cheval peut également faire office de marquage très efficace. D'ailleurs je tombe sur une petite famille en plein repas : papa cheval, maman jument et ado cheval en plein repas.

Il y a des dizaines d'oiseaux : Chingolo et Sobrepuesto (sortes de petits merle), Zorzal Patagonico (sorte de gros merle...comme vous le voyez, je suis une biologiste née), Cauquen Costero (oies au plumage magnifique, noir et blanc pour le male et brun sombre pour la femelle), Skua (un rapace) et bien sur des dizaines de cormorans.

Les arbres et plantes m'entourent et je les observe avec intérêt (avec leur nom yamana en italique) : Guindo (Shuschi), Calafate (Ummos), Helecho (Cilaaia-gomaka), Pan de Indio qui s'accroche en grosse grape sur les branches des arbres, au debut je pensais qu'il s'agissait de termitieres dont je ne reconnaissait pourtant pas la forme caractéristique (Hongo), Barba de Viejo, lichen vert pale qui a colonisé le tronc de presque tous les arbres.

Après 4 heures de cheminement, j'arrive au bout de la piste. Un kilomètre plus loin, m'attends le camping (organisé et payant cette fois-ci). La fille de l'accueil me propose compte tenu du froid (et du fait que je sois la seule dingue a vouloir dormir sur place alors qu'il neige a gros flocons et qu'il fait -10 degrés la nuit) d'occuper pour 100 pesos la cabane chauffée au milieu du petit bois derrière le camping. Après l'avoir visitée et admiré la vue de son perron, j'accepte en espérant qu'il fera meilleur temps demain car je souhaite parcourir les 4 petits sentiers de randonnée autour de la rivière Lapataiia.

Entrée parc national Tierra del Fuego : 85 pesos pour les étrangers, 20 pour les argentins, gratuit pour les habitants de la terre de feu (mais pourquoi le Louvre ne fait pas pareil ???)